22 janv. 06
Cramera ou ne cramera pas ?
La vie est faite d’inattendus, de rebondissements. La vie est tout sauf un long fleuve tranquille. Nous étions paisiblement installé dans notre camping vers Moe, plus exactement dans une minuscule bourgade Rawson (en d’autres termes, un coin paumé). Cela faisait 14 jours que nous travaillions à la ferme (Moondarra Blueberries farm), employés à ramasser des myrtilles.
Petite précision : ce ne sont pas les myrtilles sauvages de chez nous ou les myrtilles que l’on ramasse au peigne vers Saint-Agrève. Ce sont des myrtilles si grosses qu’on les croirait transgéniques ! Et bien non tout est bio. Incroyable mais vrai !
Notre seule occupation donc : les myrtilles, notre seule préoccupation : le temps et surtout la flotte. Ennemie des ramasseurs et des campeurs que nous sommes, la pluie ne nous a pas épargné cette semaine. Résultats : 3,5 jours de boulot mais 7 nuits de camping à payer. On ne va pas aller bien loin à ce rythme là ! (on a quand même travaillé 5 jours la semaine d’avant – dans cette ferme on ne travaille pas le week-end) Bon, peu importe, nous pensions nous rattraper la semaine prochaine. C’était sans compter sur les aléas de la vie …
Etions nous prêts à imaginer le feu, un incendie ravageur ? Jamais de la vie !
Et pourtant, nous avons pris ce matin la poudre d’escampette. La région brûle maintenant depuis 3 jours entiers. Les conditions météorologiques ne sont pas du tout favorables : vent fort et changeant, température étouffante (43 degrés attendus aujourd’hui) et des éclairs de chaleur la nuit. Tout est sec.
La ferme où nous travaillons, jusqu’à présent épargnée, est menacée. Inquiétude totale !
La majeure partie des routes est fermée à la circulation. Du coup, nous avons plié les affaires de camping et de retour chez Pam et Jeremy, les boss de Silvan Estate Raspberries. Nous attendons la suite. Quelle suite ? Nul ne sait pour le moment… Tout dépendra de ce feu, de ce qu’il voudra épargner ou non. Sur la route, une véritable vision d’apocalypse, tout est enfumé, c’est hallucinant !
On croise fortement les doigts pour Mal et Joël, les propriétaires de la ferme aux myrtilles. Nous risquons seulement de perdre un boulot saisonnier (on finira par croire que le boulot ne veut pas de nous !!!) mais eux, ils risquent de tout perdre, leurs fruits, leurs terres, le travail de plusieurs générations… Tout cela à cause de l’inconscience des gens. Le feu viendrait (une hypothèse pour l’instant) de l’insouciance de personnes pratiquant du camping sauvage. Plus de 4000 hectares ont déjà brûlé, combien encore avant que les hommes ne parviennent à maîtriser cet incendie ?
David contre Goliath à échelle humaine.
Ce message semble alarmant. Pour autant, ne vous inquiétez pas, nous sommes en sécurité. Nous sommes partis à temps. Nous n’avons pas pris de risque inutile face à une situation incertaine, face à un feu difficile à maîtriser.
Il n’y a pas eu de précipitation, les gens (gardes forestiers, propriétaires du camping et les informations) ont tout simplement conseillé et non ordonné aux campeurs de quitter les lieux, les locaux se barricadant chez eux pour le moment.
Le plus désoeuvrant dans tout ça, c’est notre impossibilité à aider, à agir, juste à fuir…
Croisons les doigts.